Super Mario Run, ou pourquoi il est urgent d'euthanasier l'industrie du jeu mobile!

Comme vous le savez sans doute, Super Mario Run est à présent disponible sur Android et IOS. Quel plaisir de retrouver les sauts millimétrés, les champignons chelous, les ennemis cons comme des manches à balais, sans oublier le... didacticiel???

Super Mario Run Course
Ah...


Super Mario Run Franchissement
OK...


Super Mario Run Sauter
Mais bordel, LAISSEZ-MOI JOUER!!!

- C'était l'instant troll de la marmotte, merci pour votre attention -

Plus sérieusement, j'aimerais revenir un instant sur ce jeu. Il y a eu beaucoup de débats sur son prix, c'est vrai qu'avec un ticket d'entrée de 10€, il se place directement parmi les jeux les plus chers des stores Google/Apple, aux côtés de titres bien plus riches comme Deus Ex : The Fall ou encore XCOM. Même pour un fan de longue date, difficile de ne pas ressentir un gros décalage entre le plat qu'on nous propose et le montant de l'addition.

Plus gênant à mon sens, il ne se distingue en rien des produits jetables qui polluent nos plate-formes mobiles depuis bien trop longtemps. Le titre a beau afficher fièrement le logo Nintendo et l'esthétique Mario (toujours très agréable, il faut l'admettre), il n'apporte rien de neuf par rapport aux 36 000 jeux similaires déjà disponibles. Pire encore, il pousse l'assistanat dans des extrêmes à peine croyables avec un Mario qui saute automatiquement au dessus des obstacles et autres ennemis.

Comble de l'absurde? Le jeu vous récompense d'un "Bien" pour ces mêmes actions totalement automatisées... un peu de la même façon qu'un Candy Crush fait péter les superlatifs et les effets visuels absurdes pour féliciter le joueur de performances qui sont en réalité dictées par des algorithmes.

C'est une façon de faire bien dans l'ère du temps. À l'heure de l'individu roi, on brosse le consommateur dans le sens du poil avec des jeux qui se finissent tout seuls, des télé réalités qui flattent son égo à grand renfort de candidats idiots, des industries musicales et cinématographiques qui recyclent à tour de bras de peur de sortir le public de sa zone de confort.

Je m'égare, mais pour en revenir au jeu mobile dans son ensemble, je trouve qu'on arrive aux limites du système. J'ai de plus en plus l'impression que cette industrie tourne en vase clos, avec des formules éculées qui continuent DIEU SAIT COMMENT à rapporter des millions. Vous avez jeté un oeil au classement des jeux les plus rentables sur Android? Non? Et bien N'Y ALLEZ PAS!

Le jeu vidéo, une passion honteuse?

Assumer sa passion pour le jeu vidéo, ce n’est pas toujours évident! Rares sont ceux qui osent s’en vanter auprès de leurs collègues de bureau, voire même de leurs proches... vous savez, lors du classique repas de famille où il est bien vu d’étaler sa réussite pour montrer qu'on a la plus grosse.

Aborder le sujet en public revient souvent à tendre le bâton pour se faire battre. Avec à la clé une escalade de remarques moralisatrices à la : "Mais tu n’as rien d’autre à faire de ta vie?", "Tu n’es pas un peu vieux pour ça?", sans oublier l’incontournable : "J’aimerais bien avoir autant de temps à perdre" (particulièrement comique quand l’intervenant a lui même un smartphone greffé à la main).

 
The Witness Paysage
"Ce n'est pas de l'art, c'est juste un jeu vidéo" (The Witness)

Il faut dire qu’en France, nous ne sommes pas les derniers quand il s'agit du culte de la performance. On a tous au moins un collègue irritant qui court dans tous les sens comme le lapin blanc de Carroll Lewis, répétant à qui veut bien l’entendre qu’il "n’a pas le temps"? Triste caricature de notre société où chaque seconde se doit d’être rentabilisée... OU PAS! Après tout, chacun ses priorités. Juger l’autre sur ses loisirs, ce n’est qu’une façon maladroite de se rassurer sur sa propre valeur, avec tout ce qu’on peut en déduire de mal-être et de complexe d’infériorité.


Le plus amusant, lorsqu’on écoute un allergique au jeux vidéos, c’est la façon dont il perçoit le média comme un ensemble homogène, intégralement bon à jeter à la poubelle. Qui oserait avoir le même raisonnement vis à vis par exemple du cinéma ou de la littérature? 


Ori Paysage
"Ce n'est pas de l'art, c'est juste un jeu vidéo" (Ori And The Blind Forest)

Alors oui, il y a du déchet dans le jeu vidéo. Bien sur, on aimerait avoir un peu moins de Call Of Duty ou de FIFA… tout comme on se passerait largement de voir un Camping 3 cartonner au box office français. Pas de quoi snober les innombrables titres qui apportent des expériences uniques et marquantes (Minecraft, Portal, Stardew Valley…), ni même les grosses productions qui parviennent souvent à nous emporter dans de nouveaux univers passionnants (Bioshock, Final Fantasy, The Witcher…). 


Considérer le jeu vidéo comme un simple passe temps pour ado, c’est aussi renier le travail colossal accompli par les artistes derrière ces projets. Pour une seule oeuvre, combien de diplômés d’écoles d’art, de compositeurs, de scénaristes, de programmeurs…? Un simple coup d’oeil dans les coulisses suffit à réaliser que ce n’est jamais bassement mercantile, même pour les titres les moins originaux.

Bioshock Infinite Introduction
"Ce n'est pas de l'art, c'est juste un jeu vidéo" (Bioshock Infinite)

C’est peut être ça qui fait défaut aujourd’hui : la fameuse caution "artistique" qui fait qu’on va se vanter d’avoir lu le dernier Stephen King, mais passer sous silence un Resident Evil qui nous aura pourtant procuré tout autant d’émotions. Dans notre petit monde superficiel, il faut présenter les choses sous un angle acceptable, et tant pis si ça ne fait qu’entretenir le snobisme ambiant.


Ou alors… on assume un peu et on explique aux gens que :
- Non, le jeu vidéo ce n’est pas sale, il parait même que plus de 55% des français sont des gamers.
- On peut y vivre de belles aventures, exactement comme dans un roman ou dans un film… INCROYABLE!
- C’est un formidable outil pour rencontrer des gens de tout âge tout en s’amusant, avec des communautés souvent très impliquées.
- Les "serious games" comme Minecraft, Civilization, The Witness… sont de plus en plus populaires et ont un véritable potentiel éducatif.

Journey Paysage
"Ce n'est pas de l'art, c'est juste un jeu vidéo" (Journey)

DOOM, ou l'usage créatif de la tronçonneuse

POURQUOI C’EST CULTE?
Classique parmi les classiques, DOOM débarque en 1993 sur PC et ringardise instantanément toute la concurrence. Même le très culte Wolfenstein 3D, développé par le même studio et paru un an plus tôt, fait pâle figure en comparaison. Boosté à l’adrénaline et à l’ultra violence, le jeu de tir entre dans une nouvelle ère!

Doom cover

Jamais le sentiment de toute puissance n’aura été aussi palpable. Si les premiers niveaux sont clairement placés sous le signe de la survie, chaque nouvelle arme est un pas de plus vers le renversement du rapport de force. On passe vite de victime à bourreau, traçant sa route à travers les hordes démoniaques à grands coups de tronçonneuse.

L'ambiance emprunte beaucoup au cinéma horrifique, avec ce qu'il faut de "jump scare" et de couloirs angoissants. L'obscurité est intelligemment utilisée pour mettre à l'épreuve les nefs du joueur. Croyez moi, on se souvient longtemps de ces salles soudainement plongées dans le noir alors que débarquent des dizaines de démons! Le sadisme va parfois très loin avec des pièges mortels dont il est impossible de s'extirper.

Doom chainsaw

Ce qui frappe lorsqu’on relance DOOM en 2017, c’est à quel point les mécanique restent actuelles. Le jeu se paye même le luxe d’être plus ergonomique que bien des FPS contemporains, ici pas de limite à l’arsenal que le héros peut transporter ni de barre d’endurance pour brider les déplacements, on est plutôt dans un état d’esprit « à fond, à fond, à fond! » avec tout ce que ça suppose d’excès.

Mais DOOM, c’est aussi un univers immersif et une direction artistique racée. Le bestiaire reste un modèle d’efficacité avec design biomécanique que n’aurait pas renié H.R. Giger. Ces terrifiantes créatures de chair et de métal seront d’ailleurs reprises à l’identique dans les épisodes suivants. L’affrontement avec le Cyberdemon, sorte de minotaure géant doté d’un lance roquette, reste un des temps forts de la série.


La bande originale du jeu, bien qu’intégralement en format midi, était révolutionnaire à l'époque avec un mélange détonnant de thrash metal et de dark ambient. Le compositeur Robert Prince fait d’ailleurs l’objet d’un certain culte sur internet, avec de nombreux fans qui reprennent et réarrangent ses morceaux.

Impossible de passer sous silence l’implication de la communauté. DOOM a toujours été une grande source d’inspiration pour les moddeurs, dont certains vont jusqu’à transformer complètement l’expérience de jeu. Le mod le plus populaire à l’heure actuelle est Brutal Doom, sorte de relecture "Over The Top" avec difficulté accrue, armes surpuissantes et gore omniprésent. Âmes sensibles s’abstenir!


COMMENT Y JOUER EN 2017?
DOOM a été porté sur énormément de machines, de la Game Boy Advance à la Xbox 360 en passant par l'Iphone... on peut même le lancer directement dans un navigateur web à cette adresse.
Pour y jouer dans les meilleures conditions, je vous conseille l’excellent portage Zdoom qui offre de nombreuses options graphiques et supporte tous les mods. Il vous faudra également un fichier WAD pour lancer le jeu.

POTENTIEL DE REJOUABILITÉ : 9/10
Nerveux, fun et gore… que demander de plus? Malgré ses graphismes datés, DOOM enterre facilement la plupart des FPS actuels sur le terrain du plaisir de jeu. Le level-design est également un modèle du genre malgré les limitation techniques de l'époque.